Noemi, connue sous le nom de @emi.enemies, travaille dans un studio privé à Milan. Ses projets blackout et ornementaux suivent les lignes naturelles du corps. Elle évoque ici l’influence d’Effedots, les quatre années consacrées à son propre bodysuit et la manière dont cette expérience nourrit son travail avec ses clients.
1. Comment as-tu découvert le tatouage et qu’est-ce qui t’a fait penser : « C’est ce que je veux faire » ?
J’ai toujours été fascinée par les personnes qui utilisaient leur corps pour s’exprimer librement. Cheveux colorés, piercings, tenues extravagantes, modifications corporelles, etc. Pour moi, le tatouage était simplement l’un de ces moyens d’expression, et dès l’enfance, je savais que j’en voulais sur mon corps.
Vers seize ans, après plusieurs tentatives de handpoke sur moi-même, sans rien y connaître, ma mère m’a offert ma première machine à tatouer. Je n’ai pas commencé tout de suite, mais c’est certainement à ce moment-là que j’ai compris que le tatouage ferait pleinement partie de ma vie.
2. Qui ou quoi t’a le plus influencée lorsque tu développais ton style ?
Effedots est celui qui m’a le plus influencée. Voir mon corps changer grâce à son travail m’a fait comprendre que je voulais moi aussi réaliser de grands projets pour offrir aux gens les mêmes sensations et la même confiance que mon bodysuit m’avait apportées.
Il m’a donné beaucoup de conseils, m’a aidée à voir le monde du tatouage autrement et m’a accompagnée dans cette phase difficile où je cherchais ce que je voulais apporter à mon propre style.
« C’est élégant, simple, l’opposé du chaos. »
— Emi
3. Que représente le blackwork pour toi ?
C’est élégant, simple, l’opposé du chaos.
4. Le blackwork nécessite-t-il une compréhension différente de la composition par rapport au fine line ou au tatouage en couleur ?
Je dirais que chaque style nécessite une compréhension particulière de la composition. Avec le blackwork, j’essaie de suivre les lignes naturelles du corps, mais c’est mon choix personnel, pas une obligation.
5. Pourquoi certaines personnes ont-elles peur des tatouages blackout ou les trouvent-elles intimidants ?
Parce qu’elles n’ont pas l’habitude d’en voir. Les tatouages blackout sont devenus plus populaires ces deux dernières années, mais ils sont encore perçus comme quelque chose de très extrême.
L’idée de quelque chose d’aussi permanent, qu’on ne peut pas recouvrir par autre chose, effraie beaucoup. Nous vivons dans un monde où la plupart des gens ont peur de faire des choix audacieux, et se faire tatouer ainsi en est précisément un.
6. Quelle partie du corps préfères-tu tatouer dans un style ornemental ?
Je n’en ai pas vraiment, mais si je devais choisir, je dirais le dos, parce que c’est le plus facile à travailler pour moi, et la poitrine ou le torse pour le résultat final.
« Je ne l’ai pas décidé ; c’est venu naturellement. »
— Emi
7. Parlons de ton propre bodysuit. Quand as-tu décidé de faire un bodysuit blackout et ornemental ?
Je ne l’ai pas décidé ; c’est venu naturellement. Je suis allée voir Effedots pour une pièce sur l’avant du corps en 2022, et après la première séance, nous avons décidé de l’étendre en bodysuit.
Je pense que c’était le bon moment. J’étais prête à changer mon apparence et j’étais folle de son travail. Dès que je l’ai vu travailler sur moi, j’ai saisi l’occasion de lui faire réaliser mon bodysuit.
8. Combien de temps le processus complet a-t-il pris ?
Nous avons commencé en janvier 2022 et terminé en mars 2026, donc un peu plus de quatre ans… Je n’ai pas compté les heures, mais je sais qu’il y a eu environ 45 ou 46 séances. Toutes ne duraient pas une journée entière. Pour les parties blackout, je tenais deux à trois heures maximum.
Au départ, je voulais tout terminer en deux ou trois ans maximum. J’enchaînais donc deux à trois séances tous les deux mois.
Après la séance sur la clavicule, j’ai décidé de ralentir un peu. Ma tolérance à la douleur avait complètement chuté.
9. Avoir un corps aussi tatoué a-t-il changé ton rapport à ton apparence ?
Je me suis toujours sentie bien dans mon corps. Me faire autant tatouer était simplement un nouveau chapitre et une nouvelle manière de m’exprimer. Je ne l’ai pas fait pour guérir quelque chose ou me sentir mieux.
Mais bien sûr, porter une telle création me rend très fière et m’aide à m’aimer encore davantage, surtout quand je ne me sens pas au mieux !
Ce sont probablement plutôt les autres qui sont curieux, m’apprécient davantage ou me trouvent plus intéressante pour cela. Moi, je me sens toujours la même, haha.
10. Cette transformation importante de ton corps et la douleur qu’elle implique t’ont-elles permis de mieux comprendre ce que vivent tes clients ?
Absolument. J’ai toujours eu de l’empathie pour mes clients, mais savoir personnellement ce que signifie se faire autant tatouer m’aide à être plus honnête et compréhensive avec eux.
Effedots a été très attentionné et m’a vraiment aidée à traverser tout cela. Je veux simplement faire la même chose pour mes clients.

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